Risques psychosociaux et qualité de vie au travail

Etude : Absentéisme au travail

L’absence des salariés a bondi de 20 à 30% en 2020, selon plusieurs enquêtes. Et cela n’est pas seulement dû à l’épidémie de Covid-19. L’envol de l’absentéisme en entreprise est une tendance très inquiétante, raison de plus pour lire cette nouvelle étude…     

La progression de l’absentéisme en 2020 donne le tournis : +20% selon le cabinet Gras Savoye Willis Towers Watson (près de 353.000 salariés interrogés*), +24% d’après les chiffres d’Ayming et AG2R La Mondiale…

(plus de 49.000 entreprises privées employant 5,01 millions de salariés**).

Et la tendance de l’année dernière semble se confirmer en 2021. Entre janvier et mai 2021, la proportion de salariés ayant été arrêtés au moins une fois pendant le mois est ainsi passée de 10% à 13% des actifs (+30%), selon un sondage récent, réalisé par Harris Interactive pour Malakoff Humanis (10.028 et 1.510 salariés du privé interrogés dans deux études distinctes***). 

Depuis la crise financière de 2008

« La Covid-19 a été un accélérateur des dégradations observées dans les dernières éditions » du baromètre de l’absentéisme et de l’engagement, soulignent les auteurs de la deuxième étude. Pour autant, « c’est très difficile de faire la part des choses entre l’impact direct du virus et celui des autres facteurs », avertit Sidonie Tulars, consultante senior en ressources humaines chez Ayming.

« Le phénomène ne date pas de 2020 », l’appuie Aurélien Herquel, créateur du label Hu-Man, qui cherche à intégrer le facteur humain au sein des entreprises. Comme lui, Sidonie Tulars a constaté dès la fin des années 2000 une « hausse très marquée » de l’absentéisme ». Pour elle, cet envol brutal est lié à la crise financière de 2008.

Facteur de l’âge 

« Quand vous avez un fort bassin d’emploi, les gens changent plus facilement d’entreprise quand ça ne va pas bien », avance-t-elle. À l’inverse, « quand il y a moins d’emploi », comme à la suite du krach boursier de 2008, les actifs « restent à leur poste », même si leur « malaise » professionnel est susceptible de générer de l’absentéisme.

Rédacteur en chef à la Revue des conditions de travail, Thierry Rousseau voit dans l’âge des actifs un autre facteur d’absentéisme. « La population salariée française vieillit et il y a une nette corrélation entre absentéisme, âge et usure professionnelle », pointe-t-il. 

Désir de changement 

Encore faut-il s’accorder sur la définition précise de l’absentéisme. « Ce n’est pas évident. On peut penser que la pandémie, avec la prise en charge des difficultés des personnes, élargit ce qu’on entend par absentéisme », fait valoir Thierry Rousseau. En d’autres termes, les arrêts de travail dérogatoires pour les personnes vulnérables ou pour les gardes d’enfants ont sans doute étendu le spectre de l’absentéisme et alimenté sa hausse en 2020.

Les actifs français expriment en tout cas un désir de changement de leur situation professionnelle. Dans le baromètre Ayming-AG2R, 45% des sondés souhaitent changer de poste et/ou d’entreprise. « Certaines entreprises qui communiquent très bien sur la RSE (responsabilité sociétale des entreprises, NDLR) restent en interne des machines à broyer », déplore Aurélien Herquel.

Vision à long terme 

Environ 35% des personnes sondées par Ayming et AG2R La Mondiale ont ainsi éprouvé une dégradation de leur santé psychologique en 2020, et 41% de l’échantillon interrogé par Harris Interactive juge l’impact mental de la pandémie « négatif ». Pour inverser la tendance, « le principal conseil que je pourrais donner aux entreprises, c’est de s’engager dans la démarche humaine, d’investir dans les salariés », affirme Aurélien Herquel.

De son côté, Thierry Rousseau plaide pour une vision à plus long terme des entreprises, qui permette d’offrir des « parcours professionnels valorisants ». Outre un meilleur équilibre entre vies professionnelle et personnelle, « les salariés ont besoin de reconnaissance, et qu’on leur redonne du sens », complète Sidonie Tulars. « On s’engage avant tout sur le contenu d’un travail ! »

*Gras Savoye Willis Towers Watson : 671 sociétés interrogées comptant 352.912 salariés en 2020.

**Ayming/AG2R : 49.227 entreprises privées employant 5.008.478 salariés en CDI + étude qualitative Ayming/Kantar TNS auprès de 1.000 salariés du privé.

***Malakoff Humanis/Harris interactive : 10.028 salariés du privé interrogés + étude santé mentale et risques psychosociaux des salariés (juin 2021) auprès de 1.510 salariés du privé. 

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