Faut-il aimer son travail pour être heureux ?

Le travail fait-il le bonheur ? S’il y contribue sans aucun doute, donner une trop grande place au travail dans sa vie et dans la définition de son identité est un gros risque pour sa santé mentale. Pourquoi et comment redonner au travail sa juste place ? Réponses avec Christophe Nguyen, psychologue du travail

Si autrefois, le travail était surtout envisagé comme un moyen de gagner sa vie, les questions du bien-être en entreprise et de l’épanouissement professionnel sont de plus en plus importantes. Mais faut-il pour autant être heureux dans son job pour être heureux dans sa vie ? Est-il possible de décorréler ces deux sphères ? Décryptage avec Christophe Nguyen, psychologue du travail.

Le travail, un élément primordial de l’identité

S’épanouir au travail est une aspiration très forte en France. La profession que l’on exerce occupe une place majeure dans la construction de son identité d’adulte. On attend énormément de son métier en termes d’épanouissement et de réalisation personnels, de reconnaissance et d’estime de soi.

« On sait qu’en France, l’expérience du travail joue beaucoup sur la santé, le bien-être, la satisfaction de vie, ce qui effectivement se rapproche beaucoup de la notion de bonheur. Se définir par le biais du métier que l’on exerce est particulièrement développé en France, par rapport à d’autres pays », explique Christophe Nguyen. Beaucoup de Français se définissent à travers leur travail, à tel point qu’il est souvent très difficile pour eux d’être heureux s’ils n’aiment pas leur travail et ne s’y épanouissent pas. « Pourtant, plus on attend de cette sphère, plus on risque d’être déçu », souligne le psychologue.

Confondre (ou superposer) qui l’on est et ce qu’on fait au travail, c’est risquer de passer à côté de tout ce qui existe en dehors de sa profession. Et surtout, de s’effondrer si l’on n’est plus heureux au travail. Ce qui peut arriver pour de multiples raisons ; parce que les relations avec ses collègues ou avec ses supérieurs se dégradent, parce qu’on a été mis au placard, parce qu’on change de poste, parce qu’on est licencié…

« On voit certaines personnes organiser leur vie familiale, sociale, amoureuse, même sportive en fonction de leur travail, mais le risque est grand pour la santé ! On est aussi un père, une mère, un.e ami.e, on peut avoir des engagements bénévoles, militer, avoir de nombreux centres d’intérêts. On a forcément plusieurs autres casquettes, que le poste que l’on occupe. C’est vers un équilibre entre tout cela qu’il faut tendre et non un surinvestissement d’une seule sphère de sa vie », développe le psychologue.

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Les ruptures dans les carrières sont désormais monnaies courantes

Les événements malheureux au travail, on en rencontre tous, mais il faut être capable de les encaisser. « Si l’on investit trop son travail, quand ça se passe mal au bureau, alors tout se passe mal. On n’a plus rien à quoi se raccrocher. C’est dur narcissiquement, on n’a pas les outils à disposition pour mettre de la distance entre soi et le travail et l’on ne dispose pas de facteurs de protection pour la santé mentale. Ces facteurs de protection – les proches, des centres d’intérêts… – permettent pourtant de prendre du recul, de récupérer et de se ressourcer », analyse Christophe Nguyen.

On sait que les carrières ne sont plus des trajectoires tranquilles et continues. Changer de poste, de boîte, de profession est désormais monnaie courante dans le monde de l’entreprise, il faut le garder en tête pour replacer le travail à sa juste valeur. Pour le spécialiste, « le travail contribue au bonheur. Il est certain que les personnes qui n’ont pas de travail ou qui font un métier qui ne leur plaît pas peuvent, pour cette raison, être moins heureux que des personnes qui aiment leur emploi. Mais, on voit aussi des gens qui n’aiment pas particulièrement leur job et qui savent prendre le recul nécessaire. Ils voient le travail pour ce qu’il est, un travail alimentaire, et sont très heureux par ailleurs ».

Hors de question pour notre interlocuteur de ne pas valoriser l’investissement et l’implication dans le travail, ils contribuent au bien-être. « Mais tout est question d’équilibre ».

Le travail, un contrat qui nous lie à une entreprise

Surinvestir le travail, c’est s’exposer à l’épuisement professionnel, ce burn-out qui peut frapper les travailleurs acharnés qui ne réussissent pas à lever le pied.

« J’ai vu des gens basculer dans le burn-out parce qu’une prime leur a échappé et qu’ils s’attendaient à obtenir, grâce à cette prime, la reconnaissance de leur valeur. On finit toujours par être malheureux quand on attend tout de son travail et qu’on aime trop ce dernier. Il faut replacer le travail pour ce qu’il est, un contrat entre deux parties et un lien de subordination avec une entreprise », rappelle le psychologue.

Aux entreprises également de se saisir de ces sujets. Outre leur obligation de garantir la santé mentale et physique de leurs salariés, compter sur des employés épanouis par ailleurs bénéficiera aussi à l’entreprise. « On sait que les individus qui ont une vie personnelle et sociale riche, d’autres centres d’intérêts que le travail, sont plus ouverts, plus flexibles et plus créatifs ! », conclut Christophe Nguyen.

 

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