L’hôpital a tenu, mais a quelle prix !

L’institution hospitalière va mal, la résilience est invoquée. Et si son salut ne résidait pas uniquement par des réponses de statut, de moyens, et de gouvernance? Il faut repenser notre système par l’humain, la collaboration, l’innovation, l’organisation et la créativité.

Rassemblement le 10 décembre devant le Nouvel Hôpital civil à Strasbourg, pour protester contre les conditions de travail et le manque de moyens. (Patrick Hertzog/AFP)

par Patrick Pessaux, Professeur des Universités, Praticien Hospitalier. Chef de Service de Chirurgie Viscérale et Digestive, Université de Strasbourg, Nouvel Hôpital Civil. Hôpitaux Universitaires de Strasbourg. Président de l’Association Française de Chirurgie. Président du Collectif d’EcoResponsabilité En Santé (CERES)

L’hôpital a été bien malmené par cette crise sanitaire. Mais il souffrait déjà de son adhésion à marche forcée au financement «à l’acte», et de ne pas avoir su réviser sa posture de navire amiral, ni anticiper ni s’adapter aux mutations profondes de notre société : épidémiologique, démographique, économique, écologique, technologique et la nouvelle place du patient. L’hôpital souffre indubitablement d’un manque accumulé d’investissement, responsable d’une détérioration notable de l’outil de travail. Le plan de financement de rattrapage du Ségur de la santé était incontestable et légitime. Mais répond-il à la construction de l’hôpital du futur ?

Aujourd’hui, la majeure difficulté est celle des ressources humaines. Sous l’effet conjugué de l’efficience financière et de l’absence d’accompagnement des nouvelles directives du temps de travail, il s’est ainsi accumulé une aggravation significative des risques psychosociaux des professionnels de santé et une précarité des situations sociales, révélateurs des limites du mode de pilotage actuel. L’enjeu vital est de stopper la fuite du personnel et de créer un véritable choc d’attractivité. Les contraintes du métier, le manque de reconnaissance et la perte de considération font partie des raisons de cette désaffection. Mais le manque de perspective de carrière y contribue également.

 

Il est indispensable de construire des parcours professionnels correspondant aux aspirations de chacun notamment en offrant des passerelles ou des apprentissages en alternance permettant de se hisser vers de nouveaux métiers ou de nouvelles compétences avec éventuellement des délégations de tâches. Une politique sociale volontariste, facteur d’attractivité, visant à mettre en œuvre des droits aux professionnels afin de prendre en compte leurs besoins sociaux doit être largement développée : accès aux crèches, aux logements ou encore à la santé. Enfin, il est nécessaire de continuer à faire évoluer les règles et les pratiques, pour défendre l’égalité femme-homme, promouvoir la diversité et être plus inclusif pour ainsi lutter contre les discriminations, sous toutes ses formes.

Plutôt que la concurrence, travaillons en collaboration

Le financement à l’activité, de nature productiviste, peut avoir comme effet pervers la tentation de promouvoir les activités les plus «rentables», et d’en externaliser la majorité des coûts. Or soyons lucides, l’hôpital de par l’ensemble de ses missions ne pourra jamais concurrencer des structures beaucoup plus agiles, fluides et réactives. Arrêtons cette concurrence entre les différents acteurs, et travaillons plutôt à une collaboration et une complémentarité pour une meilleure répartition des activités. La diversité des acteurs doit être une force pour rénover nos organisations, en brisant les cloisonnements trop étanches. L’évaluation des résultats par des indicateurs pertinents, reconnus des professionnels, des patients, des payeurs et des industriels permettra d’assurer l’articulation entre les différents acteurs (ville-hôpital et public-privé). Travaillons sur l’organisation du parcours de soins, leur évaluation, et l’introduction d’une part de financement à la pertinence, pour créer une véritable chaîne de valeur alliant réussite individuelle et colle….

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